L'Audit...

Feriez-vous confiance, pour passer une très importante commande,

à une société qui vient d’être créée quelques jours plus tôt,

qui n’a ni adresse réelle, ni téléphone, ni mail ou site internet…

et qui ne fournit pas de facture ?

 

Bien sûr que non, n’est-ce pas ? Vous pensez sûrement, comme nous, que passer le moindre contrat avec un tel prestataire serait une erreur pour ne pas dire une faute. Or, c’est pourtant ce qu’a fait David RACHLINE, le nouveau maire Front national de Fréjus. Et quant au contrat en question, il s’agit… excusez du peu … de l’audit financier de la ville !

 

Ca ressemble à une mauvaise blague et pourtant, malheureusement, ce n’en est pas une. Nous vous détaillons, ici, le déroulé des faits et citons toutes nos sources qui sont facilement vérifiables. Il semble essentiel que tous les Fréjusiens en soient informés parce qu’il s’agit d’abord des finances de leur ville et donc de leurs impôts ; Il s’agit également des promesses de campagne que David RACHLINE a faites avant son élection ; Il s’agit enfin, et c’est là le plus important, des premières grandes mesures de la nouvelle équipe municipale qui sont censées servir de socle à toute la politique de la mandature, avec pour priorité affichée de désendetter Fréjus.

 

Or, plutôt que de chercher à rétablir une situation qui lui échappe, la mairie a choisi la plus mauvaise solution : tenter d’étouffer ce qui est, « au mieux » une grosse bourde, « au pire » une pitoyable magouille. Pour preuve, reprenons les faits depuis leur origine.

 

Il y a quelques semaines, alors qu’il n’est encore que le candidat FN aux élections municipales, David RACHLINE répète à l’envi que la situation d’endettement de la ville est très critique. « Le budget est dans une situation très préoccupante, déclare-il lors d’un débat de la campagne des Municipales. Nous ferons donc un grand plan d’assainissement des finances à travers deux audits ». Il ajoute que cette décision constituera sa première mesure s’il est élu maire de Fréjus (1). Jusque-là, nous ne pouvions qu’être d’accord avec lui.

 

Le 31 mars dernier, le Front national emporte la mairie. Les Fréjusiens sont alors légitimement en droit d’attendre à ce que cette question cruciale soit à l’ordre du jour du 1er conseil municipal. Raté, aucune délibération, ni même la moindre discussion sur l’audit financier ! Pas plus lors du 2e ou du 3e conseil municipal au cours duquel fut pourtant voté le budget (2), ou du 4e qui s’est tenu ce dernier 28 mai… Alors quand ?

 

C’est David RACHLINE lui-même qui a vendu la mèche. Interrogé par la presse à la mi-avril dernier, le nouveau maire proclame fièrement : « l’audit financier annoncé a commencé. Il est réalisé par le cabinet la Financière des Territoires » (3). Autant dire que cette annonce en surprend alors plus d’un, à commencer par l’opposition municipale qui avoue l’apprendre à cette occasion ; Comme d’ailleurs les services de mairie et, sans doute, les proches collaborateurs de M. RACHLINE eux-mêmes ! En effet, le secret semblait bien gardé, aucun élément n’ayant filtré sur le déroulement d’un audit financier à la mairie.

 

Alertés par cette procédure que nous qualifierons de... « peu transparente » pour rester courtois, nous avons, au Forum républicain, décidé d’enquêter. Et autant dire que nous n’imaginions pas où nous allions mettre les pieds. Dès le début, nous sommes allés de (mauvaises) surprises en désillusions. Nos premières investigations ont été depuis reprises par Var Matin puis, de manière beaucoup plus fouillée, par l’hebdomadaire Marianne qui ne consacre pas moins de deux articles à ce qu’il faut bien appeler « l’affaire de la Financière» (4).

 

Voici, en quelques mots, le détail des enquêtes :

  • La Financière des territoires a été créée le 21 mars 2014, soit à quelques jours du 1er tour des élections municipales. Elle n’a jamais remporté le moindre marché public, ni même communiqué le moindre état de service. Et pour cause, elle est injoignable : domiciliée à une adresse « boite aux lettres » à Paris, elle ne déclare ni téléphone, ni email, ni site internet… ni aucun autre contact.

Bizarre : la société qui vient de remporter un gros contrat avec une grande commune de l’est-Var est complètement inconnue et inexpérimentée !

  • Quant à l’unique président-associé de cette société, Clément BRIEDA, il a 26 ans, l’âge de David RACHLINE. C’est à peu près tout ce qu’on peut savoir de lui. Il est du genre discret, alors qu’il passe pour un jeune dirigeant ambitieux (5) qui vient de créer deux bureaux d’étude (6). Aucune trace de lui sur internet, du moins pour ce qui concerne ses activités économiques…

Le maire de Fréjus explique pourtant avoir « choisi cette société car c’est celle qui [lui est] apparue comme la plus efficace et la plus compétente » (7).

Le journaliste de Marianne fait remarquer, hésitant entre malice et consternation, que figurent pourtant, dans la liste des dépenses engagées pour créer sa société, des ouvrages intitulés « guide pratique de l’élaboration du budget » (acheté 64 €) ou « Le budget communal : mode d’emploi » (20 €). (8)

Inquiétant : l'expert qui a été missionné pour réaliser l’audit d’une des villes les plus endettées de France vient d’acheter des livres de débutant en finances publiques !

  • Faute d’informations en provenance de la société ou de son dirigeant, les journalistes ont donc légitiment interrogé le donneur d’ordres, à savoir le maire lui-même. Visiblement pas très à l’aise, David RACHLINE renvoie du côté… du siège du FN : « c’est le Front, voyez avec eux » dit-il, expéditif, au journaliste de Marianne (8).

Curieux : l’audit de la ville de Fréjus a été décidé à Nanterre, dans les bureaux de Marine Le Pen !

  • Quant à l’audit lui-même, là encore la discrétion, pour ne pas dire l’opacité, est de mise. Quand l’audit a-t-il eu lieu et combien de temps a-t-il duré ? Combien a-t-il coûté ? Quelles en sont les conclusions ? A-t-il influencé le  1er budget de la mandature (voté le 29 avril 2014) ?

Ennuyeux : le prestataire (la société) et le client donneur d’ordres (la mairie) étant tous les deux aux abonnés absents, il est impossible de savoir comment s’est déroulé l’audit financier… et d’ailleurs s’il s’est vraiment déroulé !

 

Voilà où nous en sommes à ce jour. Nous nous garderons de toute conclusion, les faits nous semblent suffisamment éloquents. Nous resterons, bien évidemment, très vigilants.

 

Nous vous laissons donc le fin mot de cette étrange histoire. Si vous n’êtes pas convaincu par les explications (!) de la mairie, on vous invite à réclamer des comptes à M. RACHLINE. Vous pouvez également rejoindre notre association ;-)

 

Renvoi des notes de texte :

  1. Var Matin (ed. Fréjus/St Raphaël), 17 mars 2014
  2. Voir sur ce point nos observations p.4 du présent tract
  3. Var Matin (ed. Fréjus/St Raphaël), 17 avril 2014
  4. Marianne n° 891 du 16 au 22 mai 2014 : « l’expert en toc du maire FN David RACHLINE » et Marianne n° 892 du 23 au 29 mai 2014 : « Fréjus : David RACHLINE dans les affaires de son prédécesseur » 
  5. Marianne a tenté de joindre Clément BRIEDA à plusieurs reprises, en vain, celui-ci ayant refusé tout contact. Le journaliste avance l’hypothèse qu’il préfère rester dans l’ombre car il est un rouage essentiel du dispositif de Marine Le Pen
  6. Clément BRIEDA a créé deux sociétés le même jour et dans les mêmes conditions. Les statuts de « La Financière des territoires » et de « Strat’Pol' » sont consultables sur des sites internet spécialisés dans les bilans d’entreprises.  Tapez le nom de ces sociétés avec des guillemets dans votre moteur de recherche
  7. Var Matin (ed. Fréjus/St Raphaël), 26 avril 2014
  8. A noter que le très documenté article de Marianne est consultable gratuitement en ligne 

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